lanester 11 11 2022

11 novembre 2022 à Lanester : pour la LP 56, réhabilitation des fusillés, cessez le feu en Ukraine

 

Je vous apporte le salut fraternel de la Libre Pensée et de la Fédération nationale Laïque des Associations des Amis des Monuments aux morts pacifistes. Merci aux participants de ce rassemblement et aux organisations qui partagent le combat pour la réhabilitation des fusillés pour l'exemple de 14-18. Merci au Mouvement de la Paix pour ce rendez-vous.

Depuis de longues années, nous organisons, avec des organisations amies, des rassemblements à l'occasion du 11 novembre. Ils se tiennent devant des monuments aux morts. Des monuments aux morts que les élus ont voulu comme une protestation contre la guerre ; une statuaire qui rend hommage aux victimes ; une statuaire qui dénonce la guerre, qui appelle à la paix ; mais aussi qui déclare la guerre à la guerre, qui maudit la guerre comme dans la Creuse l'enfant de Gentioux qui lève le poing devant la proclamation « Maudite soit la guerre ! » On est aux antipodes d'un monument comme celui de l’Île de Molène qui proclame « Pour Dieu et pour la Patrie ».

 

Aujourd'hui, se tiennent un rassemblement à Mellionnec dans les Côtes d'Armor ; un rassemblement devant le monument aux morts pacifiste de Primelin (Cap-Sizun) en partenariat avec les Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre, l’Association Républicaine des Anciens Combattants, la Confédération Nationale du Travail (CNT), la Ligue des Droits de l’Homme, le Mouvement de la Paix et l’Université Européenne de la Paix.

Nos amis et camarades d'Ille-et-Vilaine ont l'habitude de se réunir à Le Ferré sur la tombe du caporal Lechat : c'est un des quatre « caporaux de Souain », qui ont pu être réhabilités en mars 1934. Eulalie Lechat et Blanche Maupas, sœur et épouse d'un fusillé, se sont battues avec énergie et sans désemparer pour obtenir la réhabilitation. On peut en dire deux mots.

En mars 1915, à Souain, les soldats de la 21ème compagnie du 336ème régiment d’infanterie refusent de sortir des tranchées pour attaquer les Allemands installés au nord du village. Ces soldats sont épuisés par deux mois de combats et deux attaques infructueuses mais très meurtrières. Le général Reveilhac exige des sanctions. Le capitaine Equilbey dresse une liste de 6 caporaux et 18 hommes de troupe. Un conseil de guerre spécial acquitte deux caporaux et les hommes de troupe. Les caporaux Maupas, Girard, Lechat, Lefoulon sont condamnés à mort et exécutés le 17 mars 1915. Le recours en grâce arrive deux heures après l'exécution devant le régiment.

A cette période, c'est l'état de siège. Pas de recours en révision possible depuis le décret du 10 août 1914, encore moins de pourvoi en cassation. En septembre 1914, sont créés des conseils de guerre spéciaux, l'Assemblée nationale est court-circuitée. Dès le 1er septembre 1914, le recours en grâce auprès du Président de la République devient pratiquement impossible, en contradiction avec la constitution de 1875.

Les 639 fusillés pour l'exemple, identifiés par l'ancien directeur du service historique de l'armée de terre, le général André Bach, attendent toujours leur réhabilitation. Parmi eux, 15 soldats issus de notre département, dont Eugène Joseph ALBAUD né à Keryado, Henri-Joseph CAMENEN né à Lorient, Eugène GUEGAN né à Caudan et habitant Lanester, Jean Baptiste LE GARFF né à Lorient.

Alors il est temps ! Il est grand temps ! Temps de redonner à ces fusillés leur honneur ; temps de donner à leurs descendants la réhabilitation qui leur est due.

La proposition de loi votée le 13 janvier 2022 a été présentée par 40 députés de différents groupes parlementaires et le g roupe de la France Insoumise en a été le moteur inlassable ; nous l’en remercions chaleureusement. Aucun de nos parlementaires n'était présent pour ce vote. Nous les avions sollicités. Jean-Michel Jacques ne nous a pas répondu ; Nicole Le Peih était trop occupée ; Gwendal Rouillard était injoignable ; Hervé Pellois nous a informés du prochain débat à l'Assemblée (comme si on ne suivait pas son ordre du jour!) ; Paul Molac nous a répondu : « J e suis totalement pour. Durant cette guerre, la hiérarchie militaire a fusillé des hommes valeureux qui ne méritaient absolument pas ce traitement. »  ; Jimmy Pahun, lui, nous a reçu. Il nous a un peu écouté, beaucoup parlé... et nous a transmis les documents remis au groupe pour préparer le vote, ainsi que le compte-rendu des prises de position du groupe ; celui-ci s'est divisé sur ce vote.

Pendant le débat, le député Philippe Gosselin a rappelé avec émotion qu'il était le petit-fils de l'officier qui avait défendu Maupas et ses camarades. Et il ajoutait qu'un des descendants de Maupas, qu'il connaît pendant des années, « nous écoute peut-être », et qu'« Il a encore, chevillée au corps et au cœur, la douleur de sa grand-mère, elle aussi institutrice au Chefresne, dans la Manche. Elle a eu la honte, parce que son mari avait été considéré comme un déserteur, un mauvais patriote. »

Désormais, chacun est devant ses responsabilités et sa conscience.

La volonté de réhabilitation s'est heurtée à de nombreux obstacles, qui peuvent encore se présenter. Parmi eux, la Mission du centenaire 14-18, avec le rapport d'historiens dirigé par Antoine Prost et qui ose conclure : « L a République admet-elle que la défense nationale n’ait pas été et puisse ne plus être aujourd’hui une obligation pour les citoyens ? Le législateur peut en décider ainsi, assurément, mais non subrepticement et sans s’en apercevoir. » Beaux historiens ! belle infamie s'agissant de soldats sous la coupe de généraux, soit incompétents, soit dépassés, prêts à combattre jusqu'à la dernière goutte de sang, pas la leur, voulant faire des « exemples » pour reprendre en main une troupe épuisée et refusant des ordres ineptes.

On nous a opposé la démarche du « cas par cas ». C'est dépassé. C'est impossible. Dépassé et impossible, car si la Cour de Cassation cassait tous les jugements des Conseils de guerre spéciaux et «  normaux », si tant est qu’il puisse y avoir une justice militaire normale, il faudrait alors refaire tous les procès et ce, sans instruction pour un quart des dossiers détruits lors de la Seconde guerre mondiale ;sans témoins, vivants de l’accusation et de la défense.

Nous avons obtenus des Groupes parlementaires sénatoriaux Communiste, Socialiste, Écologiste, que cette proposition de loi soit inscrite prochainement dans une niche parlementaire au Sénat. Nous les en remercions et nous souhaitons que cela se fasse au plus vite. Il suffit que le Sénat vote, sans modifications, la loi adoptée le 13 janvier 2022 par l'Assemblée nationale.

A l’heure où le monde entier et particulièrement l’Europe connaît à nouveau le bruit des canons, le fracas des armes et que le sang coule à flot, fidèle à nos idéaux et aux intérêts des peuples, notre rassemblement est un moment important de mobilisation contre la guerre et pour la réhabilitation collective des Fusillés pour l’exemple de la Première guerre mondiale.

Nous soutenons tous les déserteurs et mutins de toutes les armées de tous les pays qui refusent de verser le sang des autres. Ils ont le droit d’être accueillis et protégés en tant que réfugiés.

A l’heure où les canons tonnent de plus belle en Europe, un continent qui n’a jamais connu réellement la paix depuis 1945 et où les lobbys militaro-industriels empochent des milliards de bénéfices en fond publics sur le sang versé par les peuples que l’on dresse les uns contre les autres, la Libre Pensée rappelle ces fortes paroles du Groupe Octobre en 1932 :


« Attention, camarade, attention,

Mourir pour la Patrie, c’est mourir pour Renault

Pour Renault, pour le Pape, pour Chiappe

Pour les marchands de viande,

Pour les marchands de canon,

Ici les enfants jouent avec la tuberculose dans les ruisseaux  ».



Alors, oui, encore et toujours :

A bas la guerre ! Maudites soient toutes les guerres ! Paix immédiate en Ukraine et en Russie !

Je vous remercie

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