Michel-Yves Bolloré, de la science à Dieu

Tel est le titre de l'article publié en dernière page par le Télégramme du 10 octobre 2021 sous la rubrique « Tête d'affiche »

Le frère aîné de Vincent, 13ème fortune française, s'est attaqué à un problème qui doit tourmenter ce catholique fervent : il vient de publier son premier ouvrage « Dieu, la science, les preuves ». Et en tout jésuitisme, l'introduction de l'article convoque l'autorité de Voltaire : « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger » ; Voltaire, pourtant, ne s'inscrit pas dans l'histoire des sciences... « Démontrer que la croyance du philosophe des Lumières se trouve plus confirmée que démentie par les toutes dernières découvertes scientifiques : telle est la tâche à laquelle s’est attelé, pendant trois ans, Michel-Yves Bolloré. »

Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle à propos de la formule « Morts aux cons ! ». Notons que si un ingénieur a une formation scientifique, il n'est pas un chercheur, ne formule pas des hypothèses qu'il vérifiera ou infirmera selon ses travaux.

L'article indique, semble-t-il, que M-Y Bolloré convoque « les coups de théâtre de la science au XXe siècle, de la mécanique quantique à la mort thermique de l’univers, du réglage fin de l’univers au passage de l’inerte au vivant. "Quatre découvertes aboutissent au même résultat : on ne peut se passer d’un esprit créateur", conclut Michel-Yves Bolloré. "Une thèse (…) dont je peux accepter la cohérence", consent le prix Nobel de physique 1978, Robert W. Wilson, qui signe la préface. » (Le Télégramme du 11/10) Avec Allan Penzias, ils ont accidentellement découvert en 1965 le rayonnement thermique cosmologique. Cette découverte constituait un argument important en faveur de la théorie du Big Bang. Cet éminent physicien a maintenant 86 ans et a également préfacé un ouvrage des frères Bogdanoff [1], Le Visage de Dieu [2]. Un voisinage significatif.

« La vieillesse est un naufrage », comme disait le même général à propos de Philippe Pétain.

Ce qui est réconfortant, c'est que les deux premières réactions de lecteurs sur le site du journal n'emboîtent pas le pas à la Tête d'affiche. Citons la première d'entre elles : « La conclusion qui consiste à invoquer l’existence d’un « créateur » tout simplement parce que l’univers est complexe est un raccourci qu’a fait l’être humain depuis la nuit des temps devant des phénomènes qu’il ne comprenait pas. L'être humain est fondamentalement croyant, ce sont des sociologues qui l'affirment.

Celle des créationnistes face à la théorie de l’évolution de Darwin, mille fois vérifiée depuis grâce à la découverte de l’ADN, part du même principe. Ce sont des conclusions de croyants.

Seulement la science ne fonctionne vraiment qu’avec le rationalisme qui est une doctrine récente, ainsi qu'avec la méthode scientifique qui elle est basée sur la preuve. Il ne faut pas tout mélanger. »

 

[1]En 2003, le CNRS fait discrètement évaluer leurs thèses par ses sections spécialisées en physique et mathématiques. Le résultat ? Un rapport de 27 pages au vitriol, dont les auteurs, anonymes, éreintent les travaux des Bogdanoff. “Aucun résultat mathématique n’est démontré ; d’ailleurs la rigueur mathématique est étrangère à la rédaction de ce texte”, cingle le rapport au sujet des travaux de Grichka Bogdanoff. Titulaire d’un doctorat en physique théorique, Igor Bogdanoff ne convainc pas davantage les experts du CNRS : “Si au lecteur non averti le style du manuscrit de thèse de M. Igor Bogdanoff peut rappeler celui de certains travaux de physique théorique traitant de l’origine de l’univers, il ne s’agit cependant que d’une illusion”, estiment-ils.

[2]expression empruntée à George Smoot, un astrophysicien qui avait exprimé en 1992 son émerveillement face à l’image de "la toute première lumière émise par l’univers, 380.000 ans après l’instant du Big Bang" carte du rayonnement fossile de l'univers, 380 000 ans après la naissance de l'univers

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