L’offensive antilaique se poursuit, communiqué de la Fédération
Nationale de la Libre Pensée
Force est de constater que les discours
cléricaux du Président de la
République à Rome, au CRIF et à Riyad, n’étaient pas des effets de
tribune ou
d’autel, mais l’annonce publique d’un vaste programme de
recléricalisation de la
société par l’instrumentalisation exacerbée du
communautarisme.
Après
les diplômes catholiques, les protestants
Le 27 mai 2010, Le Président de la République
inaugurait le Fonds Paul
Ricœur à l’Institut protestant de théologie de Paris. Il a répondu à la
Fédération Protestante de France qui lui demandait de faire reconnaître
par
l’État les diplômes religieux délivrés par les instituts protestants de
théologie : « Je trouve légitime votre demande de voir
reconnaître les diplômes délivrés par l’enseignement supérieur
protestant et
fixer la liste de leurs équivalences comme cela a été fait pour
l’enseignement
supérieur catholique ».
Rappelons que cette « reconnaissance »
des diplômes
religieux est une remise en cause du monopole de la collation des
grades, acquis
depuis 1880 par le combat laïque. L’accord Kouchner/Benoît XVI fait
l’objet
d’une procédure contentieuse devant le Conseil d’État, suite, notamment
au
recours de la Libre Pensée. Lors de l’audience publique du 25 juin 2010,
le
rapporteur public a, d’ailleurs, reconnu qu’est fondé l’argument de la
Libre
Pensée selon lequel l’accord introduit une procédure de reconnaissance
automatique de diplômes délivrés par des établissements catholiques
d’enseignement supérieur situés en France. Cependant, pour justifier le
rejet du
recours, il a appelé l’Assemblée du contentieux à faire un effort
d’interprétation de cet accord en invoquant, d’une part, une de ses
stipulations
prévoyant que les Universités se prononceront sur la reconnaissance
(c’est-à-dire en vérité vérifieront que le diplôme à reconnaître est
bien sur la
liste établie par le Vatican), d’autre part, en se prévalant de
l’engagement du
Ministère des Universités de procéder à une étude au cas par
cas.
Contre l’œuvre laïque et scolaire de la IIIe
République, cette
reconnaissance des diplômes religieux de toute nature, est un retour
programmé
au Concordat de 1801 qui faisait des religions un service public et des
religieux des fonctionnaires.
Encore
un peu plus pour les catholiques
Alors que l’austérité frappe durement
l’Enseignement public « au
nom de la crise », le gouvernement Fillon vient de faire
reconnaître
d’utilité publique la Fondation Saint-Matthieu chargée de réunir des
fonds pour
l’enseignement catholique privé. Par cette reconnaissance officielle,
cette
officine catholique va pouvoir bénéficier d’un régime fiscal dérogatoire
qui
privera l’État de sommes très importantes provenant des impôts. Ce n’est
pas
l’austérité pour tout le monde. C’est une nouvelle violation de la loi
de
Séparation des Églises et de l’État qui interdit tout financement
public, direct
ou indirect, des cultes et de leurs œuvres.
Et
aussi un peu pour les Musulmans
Bafouant ouvertement l’article 2 de la loi de
1905 qui indique que
« La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun
culte », le Premier Ministre a inauguré officiellement, au nom de
la
République, une mosquée à Argenteuil. Maniant le bâton, il a dénoncé le
voile et
la burqa, il a su aussi apporter la carotte d’un éloge de l’Islam modéré
et du
rôle du Conseil Français du Culte Musulman pour qu’il se fasse le
gendarme de la
communauté musulmane. C’est l’instrumentalisation du communautarisme
comme
police de la pensée et des comportements, comme au temps du
concordat.
Contre
la fusion de l’Enseignement public et privé
La Libre Pensée mène une action résolue, en
regroupant largement citoyens
et associations dans tout le pays, pour refuser que les enseignants du
public
surveillent des examens publics dans les établissements privés. La
séparation
des Églises et de l’État a pour corollaire scolaire la nette séparation
de
l’Enseignement public et de l’école privée, séparation qui
est garante du respect absolu de la
liberté de conscience.
Contrairement à ce principe républicain, le
Ministère de l’Éducation
nationale encourage cette violation laïque au nom de la loi Debré qui
indique
que « l’enseignement privé concoure à la mission de service public
d’instruction ». Pour la Libre Pensée, le simple retrait ou la
dissimulation (pour un court temps) d’emblèmes religieux dans les salles
d’examens ne retirent rien au « caractère propre religieux »
des établissements catholiques.
Parce qu’elle est restée fidèle au combat
laïque, au Serment de Vincennes
du 19 juin 1960 et au mot d’ordre !
« Fonds publics à l’École publique, fonds privés à l’école
privée », la Libre Pensée refuse et combat tout
rapprochement de
l’enseignement public et privé. Elle n’acceptera pas cette fusion
rampante qui
n’est qu’un retour déguisé au funeste projet
Savary.
Le
19 juin à Vincennes, le 4 juillet à Abbeville
Marc Blondel, Président de la Libre Pensée, à
Vincennes, sur les
lieux mêmes du rassemblement de 1960, a rappelé, le 19 juin 2010, devant
des
centaines de libres penseurs et de laïques, l’actualité du combat laïque
et de
l’action de la Libre Pensée contre le financement public de
l’enseignement
privé.
A Abbeville dans la Somme, le 4
juillet 2010 à 10H, devant le
monument, qui porte l’inscription « élevé par le Prolétariat à
l’Émancipation intégrale de la Pensée humaine », en hommage au
Chevalier de la Barre qui fut assassiné ignominieusement par la réaction
cléricalo-monarchiste, Marc Blondel rappellera que seule la laïcité
institutionnelle peut garantir une véritable liberté de conscience par
la
Séparation des Églises et de l’État. C’est aussi le sens de l’appel
qu’il
lancera pour la création de l’Association Internationale de la
Libre Pensée
à Oslo en août 2011.
Paris, le 1er juillet
2010
