
Le Télégramme du samedi 24 janvier a offert une tribune à Gaël Briand, conseiller régional UDB. Son titre : Laïcité, donc mixité. Il conjugue laïcité, vivre ensemble et mixité. Des « mots-valise »…
Premier constat : « La laïcité est un concept qui, à force d’avoir été trituré dans tous les sens, a perdu beaucoup du sien alors qu’il est pourtant fondamental. Il ne se passe, en effet, pas un jour sans que la question religieuse n’apparaisse dans le débat public en France. » C’est la confusion entre laïcité et sécularisation de la société. Deux choses sans rapports. La laïcité est justement la séparation entre la société civile et l’État, c’est à dire la citoyenneté.
La réalité est concrète. La laïcité n’est pas un « concept », c’est un principe du « bloc constitutionnel », dont fait partie la loi du 9 décembre 1905. Qu’elle soit détournée pour en faire un instrument de contrôle social, de stigmatisation, c’est un fait. Est-ce de cela dont Gaël Briand parle ? On n’en sait rien. Pas plus qu’il ne parle de la loi du 24 août 2021, qui s’attaque à la liberté associative et à la liberté de culte, indissociables de la laïcité institutionnelle. Ni qu’on veuille la transformer en « valeur » d’une idéologie d’État. Pas davantage, il ne parle des multiples violations de la la laïcité que nous connaissons en Bretagne. Ni du financement public de l’enseignement privé, confessionnel ou à vocation idéologique, pierre de touche de la laïcité.
Gaël Briand cite à juste titre Aristide Briand, « breton né à Nantes » (Loire inférieure) : « la loi doit protéger la foi, aussi longtemps que la foi ne prétendra pas dire la loi ». C’est effectivement ce qu’instaure la loi de séparation. Et Briand, dans son rapport à l’Assemblée sur le projet de loi, consacre une partie aux législations étrangères (supprimée dans les rééditions) ; il n’y a pas « d’exception française ».
Là où Briand dérape (Gaël, pas Aristide), c’est quand il enrôle la laïcité dans son combat au nom du « peuple breton » : « Or, force est de constater que l’État français est au service d’un peuple et d’un seul. Ma famille politique considère qu’il devrait être au service de la société française et non du seul peuple français. Une société où se mêlent plusieurs cultures, plusieurs peuples (dont le peuple breton, n’en déplaise !). (…) Et c’est aussi cela la promesse républicaine et révolutionnaire initiale, bien loin de la préférence nationale. La mixité sociale et culturelle, surtout dans notre société qui n’a plus rien d’homogène, est conditionnée à ce principe de laïcité. »
La laïcité institutionnelle n’a rien à dire sur les cultures, les identités revendiquées, les « peuples ». Le siècle précédent nous a montré comment au nom du « peuple », on a justifié la barbarie, le génocide, les épurations ethniques. « La promesse républicaine et révolutionnaire initiale », c’est justement de saisir chaque citoyen à travers ses droits, des droits égaux, des lois identiques, l' »égalité » de la devise républicaine. Le promesse révolutionnaire, c’est la réunion spontanée des citoyens abandonnant leurs particularismes, lois, privilèges, systèmes de mesure, etc. pour se fondre dans l’unité nationale ; c’est le serment prononcé en 1790 à Pontivy par la Fédération des citoyens de Bretagne et d’Anjou. Une peuple et un seul, défini comme « le souverain » (Saint-Just, oct. 1793). Chacun étant libre par ailleurs de se réclamer d’une culture, d’une identité, de croyances… Le vivre ensemble, c’est la citoyenneté, pas l’addition d’identités qui ne relèvent pas d’une citoyenneté.
Ne confondons pas le mouvement pour aller au bout de la Révolution avec la Contre-révolution, achevée par le bonapartisme ; bonapartisme qui s’épanouit à nouveau avec la Constitution de 1958. L’État, aujourd’hui, n’est pas au service d’un « peuple » ; il est au service d’intérêts économiques, bretons revendiqués notamment, qui exigent toujours plus de renoncements aux droits, aux garanties sociales.
C’est la raison des attaques contre la laïcité, une liberté de trop. Alors, défendons la laïcité pour défendre la citoyenneté, celle qui s’organise autour des droits et libertés conquises sur l’élan des révolutions.
