Le tribunal administratif de Rennes, vendredi 7 décembre, a donné raison au recours contentieux de la Libre Pensée contre les décisions chaotiques prises par le conseil municipal de Vannes en vue de voir construire « sa mosquée ». Il faut rappeler que c’est faute d’avoir réponse à ses précédentes demandes d’entrevue puis à son recours gracieux adressé au maire que le Groupe de Vannes de la Libre Pensée a dû se tourner vers le juge administratif pour faire respecter la laïcité de la République à Vannes, et plus particulièrement, la loi de 1905, dite « loi de Séparation ».

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La laïcité c’est la liberté de conscience garantie par la République, c’est le refus de reconnaître, donc de salarier ou de subventionner un culte quel qu’il soit. Car « reconnaître » un culte, le salarier ou le subventionner c’est admettre inévitablement l’ingérence d’une religion dans l’État  mais aussi de l’État dans les affaires de cette religion, au détriment de la liberté de conscience des membres des autres cultes et, bien sûr, de tous ceux qui n’appartiennent à aucun culte ou qui les refusent tous. Rappelons que, selon la dernière étude de Win Gallup International, les personnes qui se déclarent « non religieuses ou athées » représentent 63 % de la population  en France en 2012.

En vertu de la loi de 1905, et la Libre Pensée tient à le rappeler solennellement, les musulmans ont un droit absolu à se doter des moyens pour avoir des lieux de culte et d’y exercer les pratiques liées à ce culte – dans le respect de la loi. A Vannes comme ailleurs.

 La loi, c’est la laïcité, c’est la liberté de conscience pour tous qui permet à chacun d’appartenir à la religion de son choix, d’en changer ou d’être agnostique ou athée. La laïcité c’est donc l’indépendance totale de l’État vis-à-vis des religions mais c’est aussi l’indépendance totale des religions vis-à-vis de l’État. Or, c’est là que le bât blesse dans l’affaire de la mosquée de Vannes. En prétendant « piloter » les démarches de certains musulmans, le maire de Vannes a franchi cette ligne de démarcation simple : pas d’ingérence dans les affaires d’une religion.

On  constate que la prétention de constituer un « Islam de France », réaffirmé par divers responsables politiques, nationaux ou locaux, de très diverses appartenances, est précisément l’inverse de la laïcité. Sous le prétexte « d’aider » les musulmans ne se cache-t-il pas une volonté de mise sous tutelle des musulmans en France, que ce soit au niveau local ou national ?

S'agit-il , en fait, de constituer une première "Église d’État", l'Islam dans ce cas, au compte de l'église catholique qui attend l'extension du Concordat d'Alsace-Moselle à l'ensemble de la République ?

Et alors qu’on connaît par ailleurs la réalité de la politique menée par les gouvernements successifs qui ont prétendu constituer cet « Islam de France » en sous-traitant, aujourd’hui encore, la gestion de ce culte avec des gouvernements étrangers, principalement mais non exclusivement, l’Algérie et le Maroc.

La Libre Pensée le réaffirme solennellement : les citoyens français musulmans sont des citoyens comme les autres, à égalité de droits et de devoirs. Ils ont le droit de bénéficier de l’extraordinaire liberté que leur garantit la loi de 1905, de prendre par eux-mêmes les conseils appropriés et d’adapter eux-mêmes leur organisation aux cadres de la loi française. Bref, de décider par eux-mêmes. L’islam existe depuis plus de 100 ans comme culte significatif en France.  Bien des citoyens musulmans, comme beaucoup de protestants ou de juifs et même de catholiques, en dépit de leur hiérarchie ont approuvé la loi de 1905 et certains de leurs représentants au Parlement l’ont votée. 

La Laïcité est pour tous et elle a vocation à être approuvée par tous, dans le respect de la démocratie. Ce n’est pas le  « vivre-ensemble » chacun dans sa communauté qui ne peut qu’aboutir, à terme, à des affrontements d’un autre temps. C'est le "vivre-ensemble" démocratique, fraternel dans la République: la séparation de la sphère publique du citoyen étant bien délimitée de la sphère privée des convictions personnelles particulières.

Il est du devoir de l’État et des collectivités locales d’accueillir les demandes des musulmans dans la plus stricte neutralité. C’est ce que la Libre pensée entend faire comprendre à tous, y compris à la municipalité de Vannes, avec laquelle elle attend une rencontre prochaine.

La Libre Pensée dénonce par avance toute tentative d’instrumentaliser sa position dans le sens des dérives « anti-islamiques » qui se multiplient ici et là, y compris, bien sûr, chez les tenants de la fabrication d’un « Islam de France ».

La Libre Pensée, qui est la plus vieille association de France (1848) est aussi, pratiquement la seule organisation en France, qui ait dénoncé les récentes mesures pour mettre sous tutelle la liberté des musulmans.

A la municipalité de Vannes, à l’opinion publique comme tout particulièrement aux citoyens musulmans de Vannes, la Libre Pensée n’a qu’un seul et même message à délivrer :  Liberté, Égalité, Fraternité… donc Laïcité.

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