Le général Mandon a ses émules

Le Télégramme du samedi 22 novembre rend compte d’une réunion tenue vendredi, où une centaine de lycéens d’Hennebont ont évoqué les menaces de guerre et l’actualité récente autour de la défense nationale avec Jean-Michel Jacques, député et spécialiste de ces questions.

C’est leur prof d’histoire-géographie qui est à l’origine de cette rencontre « Ces jeunes n’ont pas eu de références de la guerre comme l’ancienne génération mais leur optimisme, aujourd’hui, n’est plus le même », estime-t-il. « Ils ont une certaine anxiété avec la guerre en Ukraine, et encore plus avec la menace russe qui s’étend. »

Depuis Yves Lacoste, on sait que « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre » (Lacoste 1976)

On peut s’interroger sur la question de savoir s’il est dans la mission de l’enseignement public d’engager des débats sur une actualité brûlante. Ceux qui étaient lycéens au moment de la guerre d’Algérie (déjà une « opération spéciale ») se rappelleront qu’en aucun cas, cette actualité n’était évoquée en classe. Neutralité oblige.

Il est vrai qu’aujourd’hui, l’armée s’est fixée comme tâche de « préparer les esprits ». Et le chef d’état major des armées, le général Fabien Mandon, après avoir déclaré « Le premier objectif que j’ai donné aux armées, c’est de se tenir prêtes à un choc dans trois, quatre ans », vient de déclarer aux maires réunis en congrès « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, alors on est en risque. »

Et Emmanuel Macron a renouvelé sa confiance au général. « Je vois assez bien de quoi il peut s’agir, sortir une phrase et la sortir de son contexte pour faire peur », a-t-il indiqué.

Le conditionnement en marche ! Qui et où dira-t-on les raisons de la guerre en Ukraine ? Qui dira les tromperies, le non respect par les pays de l’OTAN des accords garantissant une Ukraine démilitarisée dans ses frontières ? Qui dira la volonté, devant la crise économique, de conquérir des territoires, des ressources, de faire pression sur la Russie qui voit les armées de l’OTAN s’installer à sa frontière ?

Tous ne sont pas dupes. Comme le lycéen qui demande : « Pourquoi, au lieu de donner des armes à l’Ukraine, on ne mettrait pas un terme au conflit ? »

Oui nous avons raison d’avoir peur, peur des va-t-en guerre, peur d’un Gluksmann qui en rajoute.

Peur de ceux qui, comme Jean-Michel Jacques, soulignent que nous ne consacrons que 2 % du PIB pour l’armement lorsque la Russie en consacre plus de 7 %. Nous savons ce que cela signifiera pour nous, nous savons ce que cela signifie pour la population russe.

Nous savons aussi que cela signifierait la disparition des libertés démocratiques, des garanties sociales, déjà bien remises en cause. Le 1er août 1914, c’est la mobilisation générale ; le 2, c’est l’état de siège. Nous avons vu comment cela s’est passé au moment de la pandémie de COVID avec la loi d’urgence de mars 2020.