Frères de Saint-Jean à Lorient

« un scandale et des questions » (Le Télégramme du mardi 24/03/2026)

L’article publié par le Télégramme fait froid dans le dos.

« La paroisse catholique Saint-Christophe, à Lorient, est tenue, depuis 2005, par les frères de Saint-Jean. (…) La communauté a été créée en 1975 par le dominicain Marie-Dominique Philippe. Une figure longtemps adulée pour la vitalité des communautés qu’il a fondées. En réalité, un prédateur sexuel adepte d’une mystique érotico-spirituelle, qui initia d’autres hommes, et femmes, à ses pratiques criminelles. »

La Communauté a publié en 2023 un rapport qui fait état, outre Marie-Dominique Philippe, de 72 frères ayant commis des abus sexuels au sein de la communauté, de 1975 à 2022 : 167 victimes, parmi lesquelles 30 religieuses, 69 femmes laïques, 29 mineures et 15 garçons mineurs. La Communauté assure que tout a été transmis aux évêques. Confirmation : « Les évêques sont absolument et dans la totalité des cas au courant », affirme l’évêque chargé de la communauté, Mgr Benoît Rivière, et ce « depuis 12, 13 ou 14 ans ».

Or, en 2018, un frère de Saint-Jean a été nommé recteur de la paroisse Saint-Christophe à Lorient, alors même que des faits d’agressions sexuelles le concernant avaient été remontés à sa hiérarchie. Un signalement a été fait à Nantes, en 2019, pour viol et agressions sexuelles. Le procureur de la République, Antoine Leroy, indique que « l’enquête a été classée, le 8 juillet 2021, au motif que les faits étaient prescrits ». Le frère a depuis quitté la vie religieuse et dirige maintenant un EPHAD.

L’évêque Centène plaide l’ignorance, assure que « dans une ville où il y a d’autres prêtres, cela assure un équilibre. D’une paroisse à l’autre, une espèce d’auto-contrôle se fait. »

Et ces frères continuent à assurer des activités paroissiales, auprès de jeunes notamment.

Le collectif « Réparez », qui réunit depuis 2023 des victimes des frères et sœurs de Saint-Jean, a envoyé en octobre dernier une lettre au pape. Témoignant « d’années d’endoctrinement », de « violences psychiques et physiques », ils y constatent que « certains mécanismes d’emprise sont proches de ceux d’une secte ». Estimant que les « autorités ecclésiales, notamment Mgr Rivière, n’agissent pas et protègent le système hérité du père Marie-Dominique Philippe », le collectif a, notamment, demandé au pape que ce dernier soit déchargé de la tutelle de la communauté, et, « si

nécessaire, la dissolution de la Famille Saint-Jean ». Ils n’ont, pour l’heure, pas reçu de réponse.

Constatons qu’une fois encore, les autorités religieuses ont cherché à régler les problèmes dans la discrétion des sacristies. « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits, mais certains peut-être pas », avait déclaré le cardinal Barbarin lors de l’affaire Preynat. Il avait alors été poursuivi pour non-dénonciation, dont le délai de prescription est de trois ans.

Le mensuel de la Libre Pensée, La Raison, publie ce mois un entretien avec Yolande du Payet de la Tour, présidente de l’Association « De la parole aux actes ». L’association s’était constituée courant octobre 2021 pour demander l’application des quarante-cinq résolutions de la CIASE. Elle avait obtenu la reconnaissance de la responsabilité systémique.

La spécificité de l’Association est qu’elle réclame que l’État intervienne dans la protection et le traitement des victimes. Le rapport Sauvé préconisait une instance administrative. L’Église a répondu en créant elle-même deux instances, l’INIRR et la CRR, et en gardant la main à la fois sur les fonds et sur leur gestion via des sortes de « sociétés-écrans ».




,