Réarmement démographique et désarmement scolaire

Donc, notre président, dans sa grande sagesse, a conçu un plan de relance de la natalité et de lutte contre l’infertilité pour « Permettre un réarmement démographique ». L’historienne Marine Rouch parle d’« une sémantique ‘viriliste et guerrière’ qui n’a rien d’anodin ».
Il est vrai que cette rhétorique guerrière est habituelle ; nous étions en guerre lors du COVID ; nous sommes en guerre
aujourd’hui contre nos « ennemis«  (lesquels ?). Ces injonctions répétées suscitent méfiance, rejet. Les femmes ne seraient pas suffisamment matures pour décider par elles-mêmes ? Veut-on « mettre les ventres des femmes au service de l’État » ?

Il est vrai que Charles De Gaulle, en 1945, déclarait : « De quelque façon que nous organisions notre travail national, nos rapports sociaux, notre régime politique, notre sécurité même, s’il est acquis que désormais le peuple français ne se multiplie plus, alors la France ne sera plus qu’une grande lumière qui s’éteint. »

Le réarmement Macron porte donc sur une révision de l’indemnisation et de la durée du congé parental et sur un plan de lutte contre l’infertilité (examens de prévention et meilleur accès à la PMA). Or, la baisse de la natalité, générale en Europe, ne s’explique que par une combinaison de nombreux facteurs. Des inquiétudes sur l’avenir, des incertitudes lourdes de conséquences. L’UNAF, auditionnée à l’Assemblée nationale, a insisté sur l’écart grandissant entre le désir d’enfant, qui est élevé, stable et très enraciné dans les aspirations des parents et futurs parents, et la fécondité réalisée, qui s’est considérablement dégradée depuis une dizaine d’années, alors que seule la continuité des politiques dans le long terme permettait de se projeter. Pèse lourdement le démantèlement régulier des dispositifs « natalistes » : prestations et aides indirectes, environnement de la petite enfance, fermeture de maternités…

Il est intéressant de voir si l’école peut s’inscrire dans ces questionnements. L’Institut des politiques publiques (IPP) vient de publier le bilan des effets de la baisse du nombre des naissances depuis 2010 sur la scolarisation des enfants au cours préparatoire (CP) et en sixième, à Paris et dans dix-neuf autres grandes villes de France métropolitaine. De 2010 à 2024, le nombre de naissance a chuté de 31,7  % à Paris et de 15,3  % dans les grandes villes étudiées. : la baisse des effectifs du CP est générale dans le public permettant des fermetures de classes, d’écoles. Dans ces grandes villes en revanche, pas d’impact sur le privé !

Dans le Morbihan, où on a une situation de quasi parité entre public et privé, les suppressions de postes touchent davantage le public, proportionnellement. Et la démographie offre l’argument idéal pour des restructurations (fusion des écoles de Kercado à Vannes, par exemple). On a bien compris que le réarmement, obus, missiles, matériels, exige des économies sur les services publics et, en tout premier lieu, sur l’école. On ne double pas impunément le budget militaire.Alors, comment peut-on croire à l’avenir des enfants à naître lorsque les gouvernants, eux-mêmes, hypothèquent lourdement l’avenir de la jeunesse en dégradant l’école ? École qui connaît une instabilité permanente au gré des ministres successifs. Les discours, les injonctions se heurtent à la réalité, qui mine toute confiance en l’avenir. La fracture est là.

Et la proposition du ministre, dans 18 départements, de faire « travailler ensemble leur carte scolaire » par les services de l’éducation nationale, les collectivités et les syndicats constitue incontestablement un dispositif de nature corporatiste, associant ceux qui doivent défendre l’école à la gestion des fermetures de classes, interdisant par là-même leur action indépendante.