Le Télégramme du 9 septembre
L’article commente : « En défendant l’interdiction du voile, le député RN Jean-Philippe Tanguy a invoqué les habits des femmes bretonnes du XIXe siècle. Une comparaison qui lui vaut quelques corrections historiques. (…) Le journaliste et historien de la Bretagne Erwan Chartier corrige : « Le port du fichu dans les sociétés rurales était un vêtement de protection contre le soleil, par exemple, et les coiffes étaient aussi un marqueur d’identité sociale et territoriale. »
On ne parlera pas ici de l’imbécillité juridique de cette interdiction. Sans compter l’amalgame insultant entre « voile » et « terrorisme islamique ». Il appartient aux femmes, à elles et à elles seules, de décider du port éventuel d’un signe religieux, et de changer leur choix quand bon leur semble. L’espace public, du point de vue de la laïcité, est l’espace de liberté. Et parler d’« identité sociale et territoriale » pourrait permettre de sortir du stérile débat sur les signes « ostentatoires ». On se souvient, d’ailleurs, que jusqu’aux années 60, les femmes qui sortaient « en cheveux » étaient mal vues !
Allons plus loin. Les trois religions issues de la Bible partagent une vision de la femme, qui doit faire preuve de modestie, de décence, de chasteté. Pour l’historien des religions Odon Vallet, le catholicisme ne déroge pas à une constante : « Au-delà des particularismes confessionnels, les grandes religions manifestent une étonnante proximité dans leur représentation de l’idéal féminin ; les femmes doivent être d’abord fidèles et fécondes, et sont avec des degrés variables souvent reléguées à un statut social globalement secondaire »
« Selon la loi juive, une femme et une jeune fille, dès l’âge de trois ans, doivent s’habiller correctement, c’est-à-dire couvrir les clavicules, les épaules, les bras jusqu’au coude (inclus), les jambes. Elles porteront des jupes ou robes couvrant les genoux même lorsqu’elles sont assises. Une jupe avec une fente – même en dessous du genou – n’est pas Tsniout.
Une femme mariée se couvrira la tête d’une perruque, ce qui est le moyen le plus sûr de ne laisser voir aucun cheveu » (Loubavitch.fr) « Marche modestement avec ton Dieu » – Michée 6, 8.

Dans l’Islam, « Le mode vestimentaire féminin est un débat récurrent et crucial dans les milieux islamiques du fait du poids de traditions sans fondement (hadiths et sounna) qui empêchent les gens d’analyser le texte coranique sans interférences. » (Islamcoranique.org)
«Tout d’abord, la règle générale est que l’on peut porter les vêtements que l’on souhaite sans excès et interdits. (…) Quant aux règles pour la femme, elle doit porter un vêtement ample et non transparent, ne laissant pas apparaître ses formes. Il n’y a pas de vêtement type défini. De plus, ses habits ne doivent pas attirer le regard et elle ne doit pas se parfumer en sortant de chez elle. » (DARSInstitut)
La tradition se fonde sur deux sourates, An-Nur (24:31) et Al-Ahzab (33:59) ; la première dit : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs parures que ce qui en paraît ; qu’elles rabattent leur voile (khimâr) sur leurs poitrines… » (wwwmoncoran.com) quel voile ? Il existe différentes interprétations, c’est l’intérêt de l’Islam ; le voile ne couvre pas nécessairement la tête…, l’enjeu c’est la poitrine, pour ne pas tenter les faibles hommes !
Paul demande aux femmes de se couvrir le chef.« Et Saint Vincent Ferrier fit de nombreux miracles à Gênes, mais rapporte le Génois Taccheti : il y opéra le plus grand prodige qu’il ait peut-être jamais eu, ce fut de déraciner pour toujours l’abus régnant parmi les femmes d’aller à l’église la tête découverte. » (Fraternité Saint-Dominique)
Les Directives du Saint-Siège (Lettre du 23 août 1928) précisent :
On ne peut pas considérer comme étant décent :
1 – Un vêtement dont le décolleté dépasse la largeur de deux doigts au-dessous de la naissance du cou.
2 – Un vêtement dont les manches ne descendent pas au moins jusqu’au coude.
3 – Un vêtement qui descende à peine au-dessous des genoux.
A l’époque où le clergé exerçait une surveillance tatillonne sur les femmes, où on pouvait voir des chemises de nuit fendues au niveau du pubis avec brodés les mots « Dieu le veut », difficile de séparer habitudes sociales et contexte clérical.
Caricature ? Mais reportez-vous au site « Rayonner au féminin » : en 2018, l’autrice développe 10 conseils, par exemple : « les pantalons, shorts, bermudas et jupes culottes sont à mettre de côté également: ils nient l’essence même de la femme et sont la plupart du temps indécents (ils dévoilent toutes les formes de la femme). » https://www.rayonneraufeminin.com/2018/08/08/en-pratique-la-modestie-au-quotidien/
Le Catéchisme de l’Église catholique écrit : « La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement ».
On voit bien l’effet de la sécularisation. Les prescriptions religieuses cèdent du terrain. Leur respect ou non de règles relève de la liberté de chacune, de son histoire, de sa culture, de son milieu.
Qui peut dire qu’une façon de s’habiller relève d’une expression religieuse ? Et pourquoi s’attacher aux seules musulmanes et pas aux croyantes affichées, juives ou catholiques ?
Stigmatiser des femmes, issues de traditions musulmanes, contribue à les enfermer dans une « identité », à leur assigner une « différence » qui nie leur liberté, leur égalité de droit. Et donc, les incite à se défendre, à revendiquer visiblement leur héritage, leur patrimoine culturel.
Invoquer la laïcité pour réglementer l’habillement des femmes, comme le font nos gouvernants et leurs soutiens, est le plus beau cadeau aux intégristes qui multiplient les obstacles à la condition féminine libérée par les lois.
