COUPEUR DE TÊTES ?

Le Télégramme n’est pas un journal d’opinion… quoique. Il donne régulièrement la parole dans sa « Tribune » à des intervenants hostiles à notre héritage républicain. Ainsi, dans l’édition du 4 août, Yvon Ollivier, président de l’association Koun Breizh1, s’en prend à Robespierre dont le grand legs à l’humanité serait d’avoir « érigé le droit de purger l’humanité déviante au nom de l’idéologie d’État. Le Cambodge de Pol Pot et ses millions de morts massacrés par les Khmers rouges et la Turquie d’Atatürk, expurgée de ses millions d’Arméniens et de chrétiens, savent tout ce qu’ils lui doivent. » Yvon Ollivier calomnie, réécrit l’histoire ; mais c’est en lien avec l’actualité, pour s’en prendre à ceux qui osent, aujourd’hui, honorer la mémoire de Robespierre et son œuvre.

L’obsession idéologique alliée à une ignorance crasse… L’auteur de la tribune semble surtout marqué par le souvenir des « coupeurs de tête » de sa mémoire familiale du Léon. On lui rappellera que le 3 août 1789, Armand-Désiré de Vignerot du Plessis lance au Club Breton l’idée d’une abolition des droits seigneuriaux.

Le génocide des Arméniens, précédé de nombreux massacres organisés entre 1894-1896 sous le règne du sultan Abdülhamid II, s’est déroulé en 1915-1916. Les membres du triumvirat des « Jeunes Turcs » et les principaux responsables du génocide, agissant sur ordre du ministre de l’intérieur Talaat Pacha, ont été condamnés à mort par contumace en 1919. Mustapha Kemal n’est venu au pouvoir qu’en 1923, après avoir chassé la monarchie fin 1922.

Quant à l’action de Robespierre ! Après la fuite du roi, il doit se cacher pour échapper aux « modérés » (les futurs Feuillants) qui instaurent la loi martiale et tirent sur la foule au Champ de Mars. En 1792, il prononce un discours contre la guerre, voulue par les Girondins en particulier. Il déclare notamment « Personne n’aime les missionnaires armés ». Il met en garde contre le risque de coup d’État et le « césarisme ».

La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de la Constitution de juin 1793 énonce : Art. 1er « Le but de la société est le bonheur commun. » Et à l’Art. 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Vous avez dit « idéologie d’État » ? C’est la radicalisation de la Révolution, après les menaces du Manifeste de Brunsvick.

Devant les défaites militaires et les insurrections en province, la Convention, sur un rapport de Louis Antoine Léon Saint-Just, suspend son application le 10 octobre 1793 (19 vendémiaire an II) et proclame que « le Gouvernement provisoire de la France est révolutionnaire jusqu’à la paix ». Le 25 décembre 1793, Robespierre présente au Comité de Salut public les principes du gouvernement révolutionnaire : « Le gouvernement révolutionnaire doit aux bons citoyens toute la protection nationale ; il ne doit aux ennemis du peuple que la mort. » Et Danton : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être. »

Dans ses carnets, Robespierre écrivait : « Quels seront nos ennemis ? Les hommes vicieux et les riches. » Et plus loin : « Les dangers intérieurs viennent des bourgeois : POUR VAINCRE LES BOURGEOIS, IL FAUT RALLIER LE PEUPLE. Tout était disposé pour mettre le peuple sous le joug des bourgeois et faire périr les défenseurs de la République sur l’échafaud. Ils ont triomphé à Marseille, à Bordeaux, à Lyon ; ils auraient triomphé à Paris sans l’insurrection actuelle. » (cité par Albert Mathiez)

La violence a d’abord été celle de l’Ancien régime, puis de ses partisans. Entre août 1792 et la chute de Robespierre, on peut estimer les victimes entre 40 et 50 000, dont 17 000 guillotinés. Mais il s’agit de pratiques disparates : un Carrier sanguinaire à Nantes (par ailleurs, hostile à Robespierre), aucune exécution en Normandie ; la politique plutôt clémente d’un Couthon et celle, sauvage, d’un Fouché dans la répression de la révolte lyonnaise. Fouché et d’autres sacrifieront plus tard Carrier pour leur propre sauvegarde.

Les robespierristes n’étaient qu’une petite minorité des Montagnards, très hétérogènes. Contre eux, se rassemble la coalition de tous ceux qui veulent en finir avec la Révolution, profiter de leur position, de leurs exactions et donc, éliminer Robespierre. Lors de la séance du 26 juillet (9 thermidor) il faut empêcher Robespierre, Saint-Just, Couthon de parler. Robespierre, qui ne peut s’exprimer, interpelle le président de séance, Collot d’Herbois : « Me donneras-tu enfin la parole, président d’assassins ? » Le 9 thermidor a renfermé la Révolution au sein d’une Convention épurée (Jean-Marc Schiappa – découvrir la Révolution française).

Saint-Just déclarait en février 1794 : « Ceux qui ne font les révolutions qu’à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. »

1-« Nous sommes les héritiers d’une longue tradition militante. Koun Breizh fut fondé en 1950 par Raffig Tullou. Elle se veut apolitique, ouverte mais intransigeante quant aux respect des droits humains. Elle entend développer une culture de projet au service de l’émancipation de notre peuple breton. La mémoire de Bretagne ne repose que sur l’action des bretons dans le contexte d’une éducation nationale qui occulte notre Histoire et délivre un enseignement hors sol. » (Facebook de KB)