PARDON…

Les bretons, grands pêcheurs devant l’Éternel, avaient besoin de gagner des indulgences (une remise de peine de purgatoire). A partir du XIVè siècle, des dizaines de lieux de culte obtiennent, en quelques décennies, des bulles d’indulgence. Puis les pardons se confondent avec la fête du saint, patron d’une chapelle. Le site de l’Église catholique nous dit que « les pardons bretons semblent bien constituer une spécificité du folklore local. » En Bretagne plus que partout ailleurs, la quête des indulgences s’est superposée à des usages qui devaient préexister, de type communautaire et festif. (site BÉCÉDIA).

Il faut dire que la Bretagne compte nombre de saints : les « sept saints fondateurs » sont traditionnellement réputés, selon une construction littéraire et hagiographique tardive forgée à partir du XIe siècle, avoir fondé les sept évêchés qui existaient au Haut Moyen Âge (Wikipédia) ; s’y ajoutent les saints bretons supportés par l’église catholique, mais non reconnus officiellement par les autorités ecclésiastiques. Ainsi, le polythéisme chrétien a dû substituer des déités mineures aux divinités païennes.

Le pape Grégoire le Grand recommandait au clergé : « Détruisez seulement les idoles, remplacez-les par des reliques. » Les prêtres firent graver des croix sur les menhirs, placèrent des statues dans les vieux chênes, mirent les fontaines sous l’invocation d’un saint ou d’une sainte, transformèrent la fête du solstice d’été en fête de la Saint-Jean et la fête du solstice d’hiver en fête de Noël, etc. Lorsqu’elle l’a pu, l’église catholique a opéré des substitutions, jouant souvent sur l’homonymie : ainsi à Tréduder, Tuder l’obscur a été transformé en Théodore, un martyr romain, et à Audierne saint Rumon a été remplacé par saint Raymond (Wikipédia).

Les quotidiens locaux publient régulièrement des compte-rendus des fêtes de chapelle… non sans inquiétudes : Le Télégramme a publié une double page avec comme titre : Les petits pardons face au défit du renouvellement. Le prêtre, doyen de Ploemeur-Pont-Scorff, constate qu’il « est courant qu’il y ait trois fois plus de monde au repas qu’à la fête ». Et d’après Georges Provost (Rennes 2), « Certains pardons sont devenus presque exclusivement profanes. » Et il souligne l’imbrication du profane et du sacré.

Les associations, constituées pour la sauvegarde d’une chapelle de village, mêlent ainsi action cultuelle et action mémorielle et patrimoniale. On ne peut, cependant, que constater un mouvement de sécularisation, la résistance s’exprimant dans les pèlerinages majeurs de la tradition catholique.

Libre à l’Église de penser que ceux qui lèvent leur verre de cidre vers le ciel exprime tous une foi chrétienne…